L'actualité des maths, les anecdotes et blagues sur les mathématiques et les productions du professeur ROMETUS
VOLTAIRE (1694-1778)
1) Extrait
Sans doute vous serez célèbre.
Par ces grands calculs de l’algèbre.
Où votre esprit est absorbé.
J’oserais m’y livrer moi-même.
Mais hélas, A + D – B.
N’est pas égal à je vous aime.
2) Extrait de Micromégas
Quelques algébristes, gens toujours utiles au public, prendront sur-le-champ la plume, et trouveront que, puisque monsieur Micromégas, habitant au pays de Sirius, a de la tête aux pieds vingt-quatre mille pas, qui font cent vingt mille pieds de roi, et que nous autres, citoyens de la terre, nous n’avons guère que cinq pieds, et que notre globe a neuf mille lieues de tour, ils trouveront, dis-je, qu’il faut absolument que le globe qui l’a produit ait au juste vingt et un million six cent mille fois plus de circonférence que notre terre.
Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778)
1) Extrait de Emile
Faites des figures exactes, combinez-les, posez-les, l’une sur l’autre, examinez leurs rapports, vous trouverez toute la géométrie élémentaire en marchant d’observation en observation, sans qu’il soit question ni de définitions, ni de problèmes, ni d’aucune autre forme démonstrative que la simple superposition. Pour moi, je ne prétends point apprendre la géométrie à Emile, c’est lui qui me les apprendra…
2) Extrait de Confessions
Je n’ai jamais été assez loin pour bien sentir l’application de l’algèbre à la géométrie. Je n’aimais point cette manière d’opérer sans voir ce qu’on fait, et il me semblait que résoudre un problème de géométrie par les équations, c’était jouer un air en tournant une manivelle. La première fois que je trouvai par le calcul que le carré d’un binôme était composé du carré de chacune de ses parties et du double produit de l’une par l’autre, malgré la justesse de ma multiplication, je n’en voulus rien croire jusqu’à ce j’eusse fait la figure. Ce n’était pas que je n’eusse un grand goût pour l’algèbre en n’y considérant que la quantité abstraite, mais appliquée à l’étendue je voulais voir l’opération sur les lignes, autrement je n’y comprenais plus rien.
STENDHAL (1783-1842)
Extrait de la vie de Henry Brulard
Que devins-je quand je m’aperçus que personne ne pouvait m’expliquer comment il se faisait que : moins par moins donne plus (– × – = +) ? C’est une des bases fondamentales de la science qu’on appelle algèbre.
(…) J’en fus réduit à ce que je me dis encore aujourd’hui : il faut bien que – par – donne + soit vrai, puisque, évidemment, en employant à chaque instant cette règle dans le calcul, on arrive à des résultats vrais et indubitables.
Victor HUGO (1802-1885)
Quelques vers
J'étais alors en proie
à la mathématique.
Temps sombre ! enfant ému
du frisson poétique
On me livrait tout vif
aux chiffres, noirs bourreaux
On me faisait de force
ingurgiter l'algèbre
On me tordait depuis
les ailes jusqu'au bec
Sur l'affreux chevalet
des x et des y
Hélas, on me fourrait
sous les os maxillaires
Le théorème orné
de tous ses corollaires.
Jules VERNE (1828-1905)
Extrait de Sans dessus dessous
Il se riait des difficultés, aussi bien dans la science des grandeurs, qui est l’algèbre, que dans la science des nombres, qui est l’arithmétique. Aussi fallait-il le voir manier les symboles, les signes conventionnels qui forment la notation algébrique, soit que – lettres de l’alphabet – elles représentent les quantités ou grandeurs, soit que – lignes accouplées ou croisées – elles indiquent les rapports que l’on peut établir entre les quantités et les opérations auxquelles on les soumet.
Ah ! les coefficients, les exposants, les radicaux, les indices et autres dispositions adoptées dans cette langue ! comme tous ces signes voltigeaient sous sa plume ou plutôt sous le morceau de craie qui frétillait au bout de son crochet de fer, car il aimait travailler au tableau noir ! Et là, sur cette surface de dix mètres carrés, – il n’en fallait pas moins à J-T Maston – Il se livrait à l’ardeur de son tempérament d’algébriste. (…)
Quant aux signes, tracés d’une craie pure et sans tache, c’était tout simplement merveilleux. Ses + montraient bien que ce signe marque l’addition de deux quantités. Ses –, s’ils étaient plus humbles, faisaient encore bonne figure. Ses × se dressaient comme des croix de Saint-André. Quant à ses =, leurs deux traits, rigoureusement égaux, indiquaient vraiment, que J-T Maston était d’un pays où l’égalité n’était pas une vaine formule, du moins entre types de race blanche. Même grandiose de facture pour ses <, pour ses >, dessinés dans des proportions extraordinaires. quant au signe √, qui indique la racine d’un nombre ou d’une quantité, c’était son triomphe, et, lorsqu’il le complétait de la barre horizontale sous cette forme : il semblait que ce bras indicateur, dépassant la limite du tableau noir, menaçait le monde entier de le soumettre à ses équations furibondes !
Alphonse DAUDET (1840-1897)
Extrait de Le Petit Chose
- Mais revenons au budget… Donc 15 francs de chambre, 5 francs de charbon (seulement 5 francs, parce que je vais le chercher moi-même aux usines tous les mois), restent 40 francs. Pour la nourriture, mettons 30 francs. Tu dîneras à la crémerie où nous sommes allés ce soir, c’est 15 sous sans le dessert, et tu as vu qu’on est pas trop mal. Il te reste 5 sous pour ton déjeuner. Est-ce assez ?
- Je crois bien.
- Nous avons encore 10 francs. Je compte 7 francs de blanchissage… (…) Restent 3 francs que j’utilise comme ceci : 30 sous pour mes déjeuners… dame, tu comprends ! Moi, je fais tous les jours un bon repas chez mon marquis, et je n’ai pas besoin d’un déjeuner aussi substantiel que le tien. Les derniers trente sous sont pour les menus frais, tabac, timbres-poste et autres dépenses imprévues. Cela fait juste nos soixante francs… Hein ! Crois-tu que c’est calculé ?